Les Jardins de Madame

Pension de famille, table pédagogique et potager partagé

Ancenis, Loire Atlantique 

En cours - livraison 2021

PIERRE Y GUERIN | ARCHITECTE

Associé à beachouse architecture studio

Appliquée à l’architecture, la résilience est bien plus qu’une qualité technologique ou matériologique. Elle est le fruit d’associations ad hoc, de rencontres entre usagers présents et à venir, de combinaisons matériaux/usages spécifiques à chaque projet.

 

Une architecture résiliente fait corps avec le site qui l’accueille. C’est une architecture qui “prend soin” - de la Terre comme de ses occupants. Elle tient compte du déjà-là, le répare et le transcende. Vivante et évolutive, elle accepte les aléas et s’adapte. C’est une architecture harmonieuse, bienveillante, inclusive, une architecture qui

tisse du lien tout en respectant les individualités. Elle est ouverte et interagit avec le quartier, la ville.

C’est un échange vivant où abri et abrités sont interdépendants et évoluent ensemble. Pourvoyeuse du “vivre ensemble” par le “faire ensemble”, elle donne toute sa place aux usagers en les impliquant au travers d’ateliers

coopératifs, de la conception à la réalisation, qui favorisent une compréhension et une appropriation profonde du projet. C’est une architecture souple, à l’écoute, et non une architecture directive.

 

La résilience appelle à une lecture plus large des enjeux dans une résolution collective du projet architectural. Appliquée à l’architecture, la résilience est peut-être moins une capacité qu’un processus sensible, une approche raisonnée et savante qui accepte la complexité, la sensibilité et la transformation dans le temps.

 

PIERRE Y GUERIN | ARCHITECTE

De logement unifamilial, cette grande maison ancenienne va devenir à la fois pension de famille (création de cinq

logements), pôle associatif, ateliers partagés et table pédagogique.

Son jardin accueillera un potager productif, un parcours bucolique et pédagogique ouvert à tous, ainsi que plusieurs parcelles potagères à destination d’associations locales.

Enfin, le parvis accueillera chaque semaine le stand de distribution de l’AMAP d’Ancenis.

Face à tant d’acteurs, une démarche coopérative est initiée dès les premières esquisses. L’ITEP* Célestin Freinet, le GEM** “Le Pacifique”, l’AMAP, les membres du collectif saga, les architectes et les maîtres d’ouvrage se retrouvent régulièrement sur site pour concevoir ensemble le projet, définir ses besoins, ses idéaux, ses possibles, autour de plans, maquettes et visites collectives.

Les échanges enrichissent la commande, initialement limitée à la réfection de l’enveloppe thermique du bâtiment et de ses accès. Peu à peu émerge le désir de brouiller les limites entre bâti et nature, de mettre en oeuvre une peau habitée qui puisse accueillir les différents usages dans son épaisseur.

 

La nouvelle enveloppe du bâtiment,

par sa matérialité unique et son généreux déploiement, devient alors plus qu’un manteau protecteur : un signal, un fond de scène, un auvent, une serre.

* ITEP : Institut Thérapeutique Educatif Pédagogique

 ** GEM : Groupe d’Entraide Mutuelle

Outre l’aspect humain au coeur de l’approche conceptuelle, la résilience du projet réside dans trois principaux aspects : le respect du « déjà là », la notion de « rendre capable », et le potentiel matériologique du bâti.

Autrement dit : d’où vient-on ? où va-t-on ? comment le fait-on?

Le « déjà là » : le bâti existant est robuste, élévations maçonnées et bétons banchés forment une trame régulière au sein de laquelle le projet s’immisce. Dans une démarche raisonnée, le bâti existant est requalifié par une série de micro-interventions, plutôt que par des interventions lourdes. Frangements, créations d’accès et condamnation

d’ouvertures suffisent à réorienter totalement les accès et les usages.

« Rendre capable » : cet aspect est prospectif et cherche à ouvrir les possibles, libérer les potentiels. Dans cette démarche, les espaces sont conçus dans une variété de qualités permettant des appropriations multiples, évolutives, évènementielles, à l’échelle de la parcelle et de ses acteurs. La connexion avec l’espace public est assumée, les espaces extérieurs et semi-intérieurs sont pensés dans l’éventualité de s’ouvrir à des activités et évènements publics, privés, professionnels, culturels ou pédagogiques.

Enfin, la résilience se retrouve dans les matériaux employés. La démarche architecturale cherche à mettre en oeuvre des matériaux sains, biosourcés et offrant des capacités de déconstruction, de réemploi ou de recyclage performant (terre, chanvre, bois, métaux, verre) dans les interventions à venir.

Davantage que des compétences techniques, ce sont des compétences humaines qui ont favorisé l’émergence d’une énergie collective et nourri la conception architecturale.

Côté usagers, Une Famille Un Toit 44 a dès le départ convié d’autres acteurs à investir le site. Sous l’égide de cette maîtrise d’ouvrage à vocation sociale et solidaire, la maîtrise d’usage est devenue plurielle, réunissant les expériences diverses de travailleurs sociaux, éducateurs, constructeurs, cuisiniers, jardiniers, résidents de pensions de familles, directeurs d’établissement éducatifs, agriculteurs et enfants. Tous font preuve d’une remarquable capacité d’écoute et de partage.

Côté conception, l’équipe est elle aussi plurielle, composée de deux architectes associés et du collectif saga.

L’accompagnement est constant à chaque phase de projet, dans une rythmique alliant préfiguration, conception et construction qui transcende l’approche classique. Dans cette aventure humaine, la démarche projectuelle intègre également dès l’avant-projet des professionnels de la construction, dans une recherche de pertinence

constructive et budgétaire. Cette relation de confiance permet de contrecarrer la course à l’économie de la phase d’appel d’offres et d’intégrer des solutions d’exécution dès la conception.

En juillet, la construction des bacs potagers a fait l’objet d’une journée de chantier participatif, à l’occasion duquel le projet a été présenté aux élus et au voisinage.

 

La force de la résilience réside dans son caractère profond. A contrario d’effets d’annonces superficiels, c’est une notion qui nous amène à repenser dans un spectre large notre façon d’habiter - de cohabiter. Construire ensemble suppose, au-delà de la construction physique, une construction commune, matérielle et immatérielle.

Aussi la résilience ne peut-elle se penser sans entretenir un lien fort entre le bâti et la terre qui le supporte. Dans cette logique, l’architecture est pensée comme un jardin. À l’image du “jardin en mouvement”, l’architecture est hiérarchisée en éléments structurels, meubles et évènementiels. Ainsi, l’usager, jardinier du projet, a la possibilité d’évoluer et de faire évoluer l’architecture dans un champ élargi des possibles.

À l’heure de l’anthropocène, parler d’architecture, c’est commencer par opérer un changement d’échelle et la comprendre non plus seulement à l’échelle du bâtiment, mais à une échelle plus large : la rue, le croisement, le quartier, la ville, etc.

C’est voir alors le terme architecture comme un terme pluriel, qui écoute et prend également en compte le contexte social, géographique, technique, constructif, topographique, politique du projet.

De cette façon, le projet architectural n’est plus seulement apprécié à travers un « objet », mais comme un ensemble interdépendant qui allie le bâti, les espaces semi-extérieurs, les espaces couverts, la parcelle, l’espace public, et bien entendu l’ensemble de la vie accueillie en son sein.

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